Jürg Kreienbühl

Hommage à la Galerie de zoologie
Lydia Harambourg, La Gazette Drouot, 12 Décembre 2014

Pour sa dernière exposition, la galerie rend hommage au peintre suisse Jürg Kreienbühl (1932-2007), qu'elle avait exposé en 1977 dans son espace du Luxembourg. Ouverte en 1968 et baptisée galerie Blondel en 1979 après son déménagement dans le quartier de Beaubourg avant de rejoindre le Marais, elle cesse aujourd'hui ses activités. Ultime étape qui se termine avec un artiste attaché à la réalité, dans la ligne qui fut celle défendue par la galerie. Jürg Kreienbühl, dans son œuvre prolixe, dérangeante et déconcertante, témoigne par ses qualités de dessinateur et de coloriste, d'une profonde humanité et transcende la banalité par un regard sans complaisance. Son réalisme pictural se renouvelle de ses thématiques dictées par une profonde nécessité. Certains y ont vu l'expression de l'absurde de l'existence lorsqu'il peint la désolation des bidonvilles, la décomposition avec les décharges d'ordures, les cimetières, la "Sainterie" - Manufacture d'art chrétien. Lorsqu'en 1981, un ami peintre lui fait visiter la Galerie de zoologie du Jardin des Plantes, tous ces thèmes s'y retrouvent, transfigurés. Pendant quatre ans, il hante les salles et les réserves et peint les animaux auxquels la taxidermie a donné une nouvelle vie. Dans ce "Louvre des animaux", il peint chaque jour et déplace sa toile suivant le parcours de la lumière, de l'aube au coucher du soleil. Avec un sens aigu de l'observation, il immortalise ce lieu d'une richesse en décrépitude. En 1984, les collections sont déménagées dans un souterrain, "Zoothèque". Soixante tableaux ont été réalisés parmi lesquels figurent ceux qui sont exposés ici. Sa peinture outrepasse les descriptions anatomiques rigoureuses. Sa palette, d'une exceptionnelle richesse de tons, exalte les gammes chromatiques. Les problèmes plastiques sont indissociables de sa quête existentielle et lucide. Kreienbühl s'est expliqué : "La vie me semblait être le jeu d'un esprit terriblement pervers qui s'amusait à créer, à détruire, à recréer ce que les scientifiques appellent "Évolution"…"