Après une période surréaliste où le monde humain et la nature se jouaient et adoptaient réciproquement des propriétés l'un de l'autre, l'art de Demiak a évolué vers des visions plus graves de villes ravagées par les cataclysmes. Symptomatique d'une conscience écologique très actuelle, il restitue aussi sa profondeur historique à la question et à celle, donc, de la mémoire des désastres. Au total, une œuvre intriguante disant la vanité humaine.
C'est le rapport entre la civilisation (post)industrielle et la nature qui est au cœur du travail de l'artiste Maarten Demmink, dit Demiak. D'abord, c'est par une approche surréaliste qu'il a traité ce thème, comme l'illustre la série Dreamland (2002-2008) : morceaux de ville et d'industrie flottant au ciel ou poussant sur des troncs formaient une sorte d'Arcadie brisée, rêve en éclats d'une harmonie de l'homme avec la nature. Or, les jeux surréalistes atteignent toujours, tôt ou tard, les limites d'une fantaisie gratuite sans au-delà, qui appellent alors un dépassement pour faire sens. De fait, non dénouée de charme, son œuvre manquait de force et de singularité : peut-être fallait-il seulement que les éléments de sa poétique s'articulent mieux à cette interrogation des rapports entre civilisation et nature.
Obsession de la catastrophe
Sitôt défait de son onirisme, l'art de Demiak s'affirme dans une esthétique de la catastrophe. En 2008, il commence à créer de toutes petites sculptures - vingt à trente centimètres - de bicoques en bois sur pilotis, églises détruites, granges à l'abandon, isolées ou espacées les unes des autres et assorties de vieux poteaux et câbles électriques. Vestiges reconstitués et miniaturisés de vies anonymes dans la pauvreté du sud états-unien, dont rien d'autre ne subsiste. Ces sculptures en façon de maquettes, réalisées dans des matériaux modestes (bois, terre, canettes...) trouveront par la suite des développements originaux, dans d'autres séries qui en sont la continuité : Deepwater Horizon en 2010, référence à une marée noire dans le Golfe du Mexique, puis (Un)Inhabitable (2013).
La série The Big Blow (2010-2013) est sans aucun doute l'accomplissement artistique le plus remarquable de Demiak. Également d'un très petit format, qui rappelle les Fijnschilders comme Gerrit Dou - peintre néerlandais du XVIIe siècle - et oblige à regarder de très près, ces vedute de paysages urbains ravagés par des cataclysmes imitent les vieux clichés jaunis, tachés et rongés, de ceux que l'on retrouve par hasard au grenier d'un parent décédé. Ils semblent témoigner d'un temps et d'événements devenus pour nous parfaitement étrangers, documenter un passé lointain dont la mémoire s'est perdue. Effet photographique d'autant plus étrange que certains événements sont récents, comme l'indiquent les titres (Jefferson City, 1993, Houston, 2012), tandis que d'autres eurent lieu avant l'invention de la photographie, notamment le tremblement de terre de Lisbonne, 1755, dont les lecteurs du Candide de Voltaire se souviennent.
Natif des Pays-Bas, terre particulièrement exposée à la montée des eaux, Demiak met en lumière la précarité de la civilisation des hommes, non moins que le caractère dérisoire, au regard de l'histoire longue de tout ce qui compte pour l'homme : ce qu'il construit et ce qu'il pleure lorsque la nature détruit.
