C'est en aidant son père, le peintre Jürg Kreienbühl, qui a travaillé durant cinq ans dans la galerie de zoologie du Muséum d'histoire naturelle de Paris, que Stéphane Belzère tombe sous le choc. "Ce que je vis dépassait tout ce que j'avais imaginé auparavant", écrit-il. Il est en particulier fasciné par les bocaux contenant des animaux ou organes et qui produisent des reflets, des couleurs et des formes qu'il "serait incapable d'imaginer tellement elles sont complexes". Il explore alors en peinture le thème du fragment anatomique, jouant entre répulsion et attraction, et créant les captivantes séries des Grands Bocaux (1998-2002) et des Bocaux anatomiques (2000-2003). L'idée de série fait écho aux alignements de bocaux, pas seulement ceux du muséum, mais aussi des bocaux alimentaires, des conserves et des flacons de produits ménagers qui sont tous traversés de transparences. Les toiles sont formatées aux mêmes dimensions et peuvent être présentées au choix sous forme d'ensembles ou séparément.
Mais l'œuvre prend toute sa dimension quand la peinture se fait abstraite, quand les contenus des bocaux deviennent énigmes. "Je vois une possibilité de dialogue entre ces chairs conservées et la peau de la peinture, sa matière." C'est ainsi que la peinture entre dans le bocal et devient le sujet même de l'œuvre. L'artiste joue avec les jeux de lumières, les formes molles et irisées, les textures. Il donne à voir des objets qui, démesurément agrandis, perdent leurs références à la réalité pour devenir des sujets plastiques. L'artiste utilise la forme constante de ses toiles et l'infinie variété des couleurs et des textures pour créer au fil du temps "un gigantesque puzzle organique".
Ses toiles récentes, de grands formats très allongés, sont une variation sur le thème du reflet : elles sont inspirées des miroitements de la lumière dans la base en verre des bocaux, ces inépuisables réservoirs d'images.
Histoire de verre
À l'issue d'un concours lancé en 2002, Stéphane Belzère a été choisi pour réaliser les sept verrières de la cathédrale Notre-Dame de Rodez. Les vitraux ont été posés et inaugurés en février 2007. Les proportions des baies, étroites et allongées, sont en écho avec celles de la série Les Grands Bocaux. L'analogie entre les toiles et les vitraux est présente par la "mise en visibilité" de formes et de couleurs au moyen de la transparence.
