Les beautés étranges de Stéphane Belzère

Élisabeth Vedrenne, Connaissance des Arts, 1 Avril 2023
Le peintre Stéphane Belzère expose à Strasbourg, pendant presque deux années, son travail singulier sur la lumière, entre attraction et répulsion.

 

Avoir eu une relation intime à la fois d'émulation et de rébellion envers ses parents, tous deux artistes, aurait pu faire craindre le pire. Ce fut le contraire. Son père, le peintre suisse figuratif Jürg Kreienbühl, lui apprend tous les secrets de la peinture à l'huile. Après cela, ses études aux Beaux-Arts de Paris lui paraîtront bien fades. Il s'installe alors, de 1996 à 2005, au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où il jette son dévolu sur les bocaux anatomiques qui contiennent des animaux dans du formol. Il y peint d'après nature les pièces dites "molles" : ce sera la longue série des divers Bocaux. Et se partage entre des ateliers à Berlin, à Paris, en banlieue, en Suisse. De la même façon qu'il navigue entre les pays, il se coule entre ses divers sujets. Le corps, la conservation, l'immersion, la transparence, le questionnement sur la beauté sont les thèmes qui l'obsèdent. Il peint le reflet de son corps nu sur la vitre de sa fenêtre, comme plus tard des morceaux de chair, plissés ou gonflés et lisses, qui apparaissent magnifiés, flottant au travers du verre du bocal, procurant à la fois horreur et magnificence avec une "inquiétante étrangeté". Mais quels beaux morceaux de peinture que ses Tableaux longs liquéfiés dans le bleu ! Ses vitraux, dans la cathédrale de Rodez, qui représentent des coupes de cerveaux, ne disent pas autre chose qu'une incarnation de la translucidité. Aujourd'hui, dans ses Diaquarelles, il trafique savamment de vieilles diapositives. Ces aquarelles sont une nouvelle plongée dans une alchimie liquide et ­lumineuse.