Cet artiste italien (il est né à Milan en 1958) a investi deux lieux pour déployer une œuvre dont chaque nouvelle exposition confirme les qualités. Sa maîtrise technique époustouflante permet à Alessandro Papetti, après une série de portraits qui le révèle dans les années 1980, d'exprimer avec un réalisme décalé les friches industrielles, les architectures, son atelier ou les chantiers maritimes. Le choix du camaïeu, intemporel, est marqué d'un désir d'enracinement dans le passé, réveillé par une approche simultanée. En archéologue de la cité, il décrypte le particularisme des façades et de la rue. Ses "villes fugitives" conjuguent le double héritage des védutistes et du cinéma. Papetti recourt non plus à la chambre obscure, mais à l'appareil photographique pour garder le schéma linéaire et cadré de ces vues architectoniques. Celles-ci prennent vie à l'atelier, d'un pinceau sensuel et alerte. Si les futuristes avaient fait du mouvement le symbole de la modernité, Papetti nous en fait vivre charnellement les effets. La matière insuffle vie à ces scénographies vertigineuses. Les avenues milanaises ou le carrefour Montparnasse sont devant nous, bruyants, sous la lumière mobile et enténébrée qui en accentue le mystère. Celui-ci est entretenu aussi avec la série des grandes toiles sur l'île Seguin. Arrêt sur image. Celle de l'histoire patrimoniale des usines Renault sur l'île Seguin, détruites en 2004. Papetti a été le dernier peintre à pouvoir circuler sur le site et à s'imprégner de son histoire architecturale et sociale. Ce gigantesque vaisseau fantôme s'est offert à ses investigations visuelles. Livré dans son intimité la plus crue, le bâtiment se prête à une dissection visuelle à laquelle la peinture donne chair. Usant du camaïeu toujours pour immortaliser les chaînes de montage, les ateliers désaffectés, les turbines définitivement muettes, les verrières cassées. La peinture sert un imaginaire où l'illusionnisme n'a plus cours. Papetti fait circuler une poésie étrangement nostalgique, plus près du témoignage que du rêve.
