Ivan Lubennikov, champion de l’art monumental russe

Alison Moss, Le Quotidien de l’Art, 11 October 2021

Son vitrail de 40 m² intitulé Ryaba la Poule (l'équivalent de la poule aux œufs d'or dans le folklore russe) trône encore en majesté à la station Madeleine à Paris. L'œuvre avait été offerte à la RATP en 2009 par la Ville de Moscou en signe de remerciement pour la signalétique de métro style Guimard cédée l'année précédente à la station moscovite de Kievskaya. Né en  1951 à Minsk (Biélorussie) et élevé en Sibérie, dont il intègre souvent les paysages dans son œuvre, Ivan Lubennikov s'était installé à Moscou au milieu des années 1960.

 

Diplômé en 1976 de l'Institut d'État académique des Beaux-Arts Sourikov de Moscou (section art monumental), il se consacre dès le début de sa carrière aux fresques murales (dans l'usine de Tryokhgorka, à la gare de Zvenigorod...), dont beaucoup furent détruites pendant les dernières années du régime. À partir des années 1990, alors que la Russie était en proie à des difficultés économiques suite à la dislocation de l'URSS, Lubennikov délaisse le monumental et expose sa peinture à l'étranger, notamment à la galerie parisienne Alain Blondel (ouverte de 1978 à 2015). Il fait ainsi son entrée dans des collections allemandes, telles que celles d'Henri Nannen (fondateur et rédacteur en chef du magazine Stern) ou Peter Ludwig (industriel à l'origine de la création du musée Ludwig de Cologne).

 

Décédé le 3 octobre à l'âge de 70 ans, il laisse derrière lui une œuvre "empreinte d'hédonisme, décrivant avec une distanciation ironique et esthétisante son environnement immédiat, dans lequel la figure féminine tient une place primordiale, en cherchant à refléter les mutations de la société russe", selon son galeriste, Jean-Marie Oger, qui souligne aussi son "langage propre, combinant clair-obscur, épure formelle et extrême stylisation, comme une libre réinterprétation de la peinture russe et européenne". L'artiste, qui exerçait également comme professeur de peinture monumentale à l'Institut Sourikov depuis 1994, évoquait notamment l'influence de Paul Delvaux, Matisse, Caravage, Zurbarán et l'art des icônes. Le Musée Russe de Saint-Pétersbourg lui avait récemment dédié une exposition personnelle à l'occasion de son 70e anniversaire (du 22 avril au 21 juin). Certaines de ses œuvres sont actuellement visibles au Martin Gropius Bau (Berlin) dans le cadre de l'exposition "The Cool and the Cold. Painting of the USA and the USSR, 1960-1990" (jusqu'au 9 janvier) réunissant des peintures des deux axes du pouvoir politique mondial pendant la guerre froide.