Au tournant du siècle, une discrète chapelle d'un village du Vaucluse s'est offerte à lui comme une toile géante. Donnant à cet artiste le coup d'envoi d'un travail infini.
Né en 1943 en Angleterre, il embarque enfant pour un séjour de 22 ans en Australie, à Melbourne, où il étudie l'architecture. De retour dans son pays, il devient décorateur pour le cinéma et rencontre sa future femme, la photographe flamande Catherine de Clippel. Ils s'installent en Belgique : c'est là que Michael Bastow choisit l'art à plein temps, expose dans son nouveau pays et bientôt dans le monde entier.
Quittant parfois l'atelier parisien qu'il a investi dans les années 80, il découvre le Vaucluse et s'attache au Comtat Venaissin, qui lui rappelle la région de Melbourne, "même si le chant des oiseaux est plus beau en Australie." En 1998, il installe son atelier non loin de Malaucène. Un trésor l'y attend, au détour d'une ruelle du village : la Chapelle XVIIe Saint-Alexis, délaissée, désacralisée, en ruine mais dont le chœur, les parois et la nef lui offrent le support rêvé à son envie de travailler a fresco. Il l'achète - ainsi qu'immédiatement une très grande échelle - échafaude son œuvre en même temps que toutes les parois.
On est en 2001. Michael Bastow entame un cycle sans fin, qu'aujourd'hui encore, il fait évoluer : des dessins, ode à la féminité, conçus à la manière de la fresque dans un premier temps, mais que l'humidité des murs ne permettra pas de pérenniser… Remplacés ensuite par du fusain, des
pastels, des pigments, du charbon sur de grands panneaux de papier kraft, des lavis de couleur, des feuilles superposées, de la feuille d'or, du papier calque ou tracés directement sur les murs. Partout, d'un trait vigoureux et précis, "J'aime travailler en grand, le geste large", des visages, des regards, des formes, des postures, des contours féminins, à tous les âges, tous les moments de la vie. Un jeu de contrastes entre rugosité de la pierre et flamboyance, "Le pastel, c'est un peu de la poudre aux yeux". Plus de 20 ans que les panneaux se succèdent et les cycles s'enchaînent, l'artiste retravaillant sans cesse, brossant, estompant, nettoyant, décapant même au Karcher ! Chaque tableau, chaque sujet s'adaptant à la géométrie de la surface investie : mur droit, courbe de la nef, dynamique de la voute… qui n'intimident pas l'architecte : "C'est un travail évolutif infini, en lien avec le temps de la vie, ce qui se désagrège, comme nous. J'adore cet espace. C'est ma petite Chapelle Sixtine. Le fait que l'œuvre soit en perpétuel mouvement. Ce n'est pas commercial. Ce n'est pas encadré ni à vendre, c'est mon plaisir."
C'est un travail physique aussi. Il faut le voir, 24 ans plus tard, certes un peu moins souvent perché mais toujours bras levé, la main dirigeant habilement le fusain calé au bout d'une très longue tige, (re)donner corps, âme et personnalité à chacune des icônes incrédules de son cortège poudré : "Dans le dessin au fusain, on voit toute l'histoire du dessin. Le repenti, les erreurs, rien n'est figé. C'est ce qui lui donne de la vie."
