Angélique⎜Stéphane Belzère⎜Marcos Carrasquer⎜Philippe Hortala⎜Martinet & Texereau⎜Leticia Martínez Pérez⎜Raphaël-Bachir Osman⎜Till Rabus⎜Raphaëlle Ricol⎜Marcos Uriondo⎜Davor Vrankić
L'exposition réunit des œuvres dont le motif central est la nourriture, réactualisant sous un angle contemporain la délicieuse tradition de la nature morte. Dans des univers et des médiums variés - dessin, sculpture, peinture - les œuvres choisies interrogent toutes l'esprit ambigu d'une époque saturée dont l'humeur affamée oscille entre l'attrait et le dégoût. De manière plus ou moins corrosives, elles portent un regard critique sur notre société consumériste et capitaliste qui privilégie l'avoir, la compulsion : vague déferlante de produits inutiles et de névroses collectives qui cachent un malaise de l'être, où chacun se perd dans la fièvre d'une quête de désirs sous vides. Par cadrage serré, par prolifération et saturation des motifs alimentaires - sucreries, mets addictifs, emballages - les œuvres incarnent une vision attrayante aux couleurs gourmandes mais déployées sur fond noir, à l'arrière-goût plus acide. Ambigüe, une forme gourmande peut soudain devenir menaçante ; un morceau de viande sous vide ou en bocal acquérir une inquiétante résonance anthropomorphe.
Entre fascination et répulsion, les œuvres interrogent notre rapport intime à la consommation mais révèlent aussi pour certaines la violence du corps politique et collectif : satire acerbe d'une époque des extrêmes affamée de domination, de productivisme, de prédation. La nourriture est une guerre. Mais la critique souvent est ambivalente. Ce qui repousse fascine. Parfois la beauté de la ligne et la séduction de la couleur nous ramènent à l'attrait de l'univers industriel et de ses packagings recherchés. Parfois elles convoquent le goût des repas de familles cuisinés par nos grands-mères et ramènent en surface le souvenir des images désuètes de nos vieux livres de cuisines. La nourriture peut être aussi le partage et le désir de rassembler. Par extension, l'œuvre peut devenir la métaphore du désir de peinture et de la cuisine à l'atelier. Amoureusement tactile, la peinture s'agglutine, s'épand, affamée de formes, de couleurs, de matières.
Généreuse dans sa forme, l'exposition Hungry Mood pose le désir de peinture comme une réponse défiante à l'air du temps, entre séduction et répulsion, gourmandise et colère.
Amélie Adamo
